Résumés des communication présentées lors de la JDE du 28 mai 2010

Les communications complètes sont à consulter à l'adresse suivante:

 

http://www.msh-alpes.fr/fr/journee-doctorale-economie-jde

 

 

Résumés des communications:

 

 

 

Vincent Lapierre :

Systèmes de santé et changements de paradigmes : le cas de la Colombie et du Venezuela

 

Cet article porte sur une comparaison des systèmes de santé colombien et vénézuélien et leur efficacité à étendre la couverture maladie parmi la population la plus pauvre, réduisant ainsi les inégalités d’accès à la santé.  

L’éclairage se focalise sur les programmes d’assistance mis en place par les deux pays et dont les soubassements théoriques divergent profondément. En effet, les années 1990 furent l’objet d’une reconfiguration des principes soutenant la structure des systèmes de santé des deux pays. La Colombie, à l’occasion de la réforme constitutionnelle de 1991, a choisi d’orienter son système de santé vers des mécanismes néolibéraux. Prenant comme point d’appui le « pluralisme-structuré », théorie se positionnant comme « juste-milieu » parmi l’ensemble des expériences conduites en Amérique latine, la Loi 100 de 1993, tout en cherchant l’universalisation des soins, ouvre le secteur de la santé, et en particulier celui de l’assurance, à la concurrence, y compris au sein du régime subsidié prenant en charge les plus pauvres (le SISBEN). Au contraire, au Venezuela, depuis le début des années 2000 et la réforme constitutionnelle réalisée sous l’impulsion du Président Hugo Chavez, l’orientation choisie est celle du « Socialisme du XXIème siècle » dont le but, dans le secteur de la santé, est de construire un système national public intégrant les « Missions Barrio Adentro ». Ces missions, financées par les revenus pétroliers et avec le soutien logistique de Cuba, octroient, au cœur des quartiers populaires, des services de soins gratuits et réactivent, par ailleurs, une gestion de la santé centrée sur la prévention et une participation sociale accrue.  

Le SISBEN, qui inclut l’intermédiation d’assureurs privés pour prendre en charge les plus pauvres, et les Missions, fondées sur la gratuité et un réseau de soins très décentralisé, relèvent de deux processus fondamentalement différents, dans deux pays pourtant profondément liés, tant historiquement que culturellement, géographiquement et économiquement. Cela appelle un certain nombre de questions. Parmi elles, les différences principielles entre les deux modèles interrogent sur leur capacité à résoudre le problème des inégalités d’accès à la santé, conséquence mécanique, entre autre, du modèle de croissance latino-américain, modèle de croissance dit « excluant » de par sa tendance intrinsèque à produire des inégalités sociales. Cet article s’intéresse donc à la résorption de ces inégalités en se focalisant sur le domaine de la santé et l’extension de la couverture maladie vers la population la plus démunie. La comparaison des différents systèmes organisationnels choisis par ces deux pays, permettra de souligner la pluralité des transformations subies par le sous-continent et d’en discerner les conséquences divergentes sur leur tissu social.  

Par conséquent, cet article, à la frontière entre le social et l’économique, a pour objet l’étude et la compréhension des changements vécus par deux pays du sous-continent, l’un ayant choisi une reconfiguration du paradigme néolibéral, et l’autre s’étant orienté, au contraire, vers la construction d’un nouveau paradigme : le socialisme du XXIème siècle. Le social étant à la base de ces deux processus par le biais des assemblées constituantes, l’intérêt sera porté sur les conséquences elles-mêmes sociales, pour les groupes de population les plus pauvres et à échelle nationale, de ces changements économiques divergents.

 

Hervé Hutin :

Thèse : Efficacité des programmes de reconstruction dans les contextes post-conflictuels.

Croissance, aide extérieure et développement institutionnel 

L’aide extérieure apportée par la communauté internationale dans le cadre de programmes de reconstruction ne semble pas toujours provoquer l’effet multiplicateur attendu. Au-delà d’un effet de reprise à court terme, la croissance observée a tendance à se rétracter progressivement. Encore faut il faire la part dans l’effet de reprise entre l’apport extérieur et le retour à la paix qui favorise naturellement l’accroissement de la production.

La première partie de ce travail consiste à tester l’existence d’une corrélation entre volume de l’aide et croissance du PIB à travers plusieurs exemples pris dans la durée en les relativisant si nécessaire par leur situation particulière.

En s’appuyant ensuite sur les travaux de Dani Rodrik et de Antoine d’Autume et Philippe Michel, nous cernerons la notion de seuil de capacité institutionnelle pour voir si elle s’avère pertinente pour distinguer des trajectoire de croissance différentes. Nous tenterons notamment de vérifier les conclusions de Rodrik sur le lien de causalité entre certaines réformes incontournables et les poussées de croissance observée dans certains pays.

Nous pourrons alors éventuellement déterminer les conditions de l’aide extérieure et la façon dont elle doit être orientée pour accroître son efficacité.

 

Mots clés : seuil de capacité institutionnelle, aide extérieure, programmes de reconstruction, croissance.

Auteurs : Dani Rodrik , Antoine d’Autume et Philippe Michel, Serge Michaïlof. 

 

Jenny P. DANNA :

Le Consensus de Washington et la politique économique colombienne

(1990-2008)

La crise de la dette qu’a connue l’Amérique Latine dans les années 1980 marque le retour des stratégies libérales de développement en Colombie et dans les pays du tiers monde. Celles-ci sont fréquemment associées au Consensus de Washington (CW) qui résume les prescriptions établies par les experts de la Banque Mondial (BM) et du Fond Monétaire Internationale (FMI). L’objectif de cette contribution est et de voir si en  Colombie les reformes structurelles du commerce extérieur ont conduit  à une diversification du commerce extérieur et à une croissance soutenue de l’économie.   A cet effet, on étudie les fondements CW et son application rigoureuse. Comment les décideurs publics colombiens s’appuient sur le CW pour l’élaboration et l’implantation de la politique d’ouverture commerciale ? Quelle est la place des Etats-Unis (EU) dans la mise en place des réformes en Colombie ? Nous confronterons ensuite la vision idéaliste  promue par les gouvernements colombiens successifs sur les résultats des réformes en Colombie. L’on comparera donc les performances aux objectifs. De ce fait, nous montrerons,  d’une part, que la mise en œuvre des politiques néolibérales (CW) est liée à la place prépondérante des EU dans les relations avec la Colombie et, d’autre part, que l’ouverture commerciale ne conduit pas à une croissance soutenue.

 

Jean-Jacques B. G. Iritié :

POLES DE COMPETITIVITE ET DIFFUSION DES

INNOVATIONS TECHNOLOGIQUES : ANALYSE THEORIQUE

Les pôles de compétitivité sont au cœur de la nouvelle politique industrielle française. Dans la littérature économique, on pourrait trouver leur origine dans les districts industriels d’Alfred Marshall. La politique de constitution des pôles pourrait se justifier par l’observation d’externalités positives d’agglomération et des bénéfices de bonnes coopérations entre entreprises ; ce qui serait de nature à favoriser l’innovation. Dans ce projet, nous tentons de comprendre, à partir de la littérature, l’organisation des pôles de compétitivité et ses implications du point de la théorie économique de l’organisation industrielle. Il s’agit pour nous de théoriser sur comment un pôle de compétitivité parvient-il à coordonner ses membres (dont les objectifs individuels sont de nature hétérogène) autour de projets R&D collaboratifs communs et à permettre le partage de connaissance ; comment favorise t-il la création et le développement de marchés de produits innovants dans un objectif d’accroître la compétitivité et l’attractivité de l’économie française.

 

Karin Berlien Araos :

Mécanisme de coordination entre les marchés informels, les institutions et organismes locaux pour la génération de travail

Ce travail cherche à analyser les stratégies de coordination – coopération et auto –régulation – qui se sont développées et qui fonctionnent actuellement dans les marchés informels du Chili. Ces stratégies ont permis la reproduction de l’activité dans le temps, la création d’emploi et de revenus d’une grande partie de la population ainsi que le maintien d’un espace parallèle pour la consommation grâce au recyclage, créant un pont pour la commercialisation des produits de petits producteurs urbains et ruraux. 

Nous étudierons la manière dont ces stratégies de travail sont liées à la distribution spatiale, dans laquelle interviennent des variables liées à l’analyse des réseaux, au niveau du leadership, de l’acceptation et de la cohésion. Nous verrons également de quelle manière ces variables opèrent sur les formes institutionnelles existantes  dans les modes d’évaluation qu’ils utilisent (réputation, efficacité), leurs objets communs (habitudes, types de marchandises, lieux d’approvisionnement, installation), leurs relations de base ( échange, confiance), leurs mécanismes d’engagement ( accords, organisations, promesses), la reconnaissance de la hiérarchie (par ancienneté, autorité), leurs relations dans le temps (projection dans le temps) et les changements et innovations qu’ils produisent. 

En même temps, nous analyserons l’implication de ces variables au niveau du rendement économique des unités de commercialisation, ainsi que la défense du travail et la taille de celui-ci. 

L’importance de ces points est non seulement théorique mais aussi pratique. Car, au moment d’implanter des politiques de régulation ou de développement pour le secteur, les institutions publiques cherchent des interlocuteurs et des bénéficiaires valides. Et, nous pouvons observer que les politiques et les orientations théoriques dirigées vers  le « micro entrepreneurs », soit vendeurs sur les marchés, vendeurs ambulants ou sujet « pauvre », le considèrent de façon isolé, accentuant  la maximisation individuel ; et d’autres, provenant d’autorités territoriales municipales les considèrent  selon leur distribution sur le marché et priorise le dialogue avec des interlocuteurs « délégués » installés de manière arbitraire en fonction de leur localisation spatiale. 

Or, ces deux positions peuvent engendrer difficultés et inefficacités autant au niveau du dialogue qu’au niveau des politiques d’aide aux travailleurs de ce « secteur ». Nous pouvons même observer qu’une politique dirigée vers des individus isolés, ou bien présentant une fragmentation et une hiérarchie arbitrairement imposées, peut générer des conflits à l’intérieur des ces groupes sociaux, avec des résultats inverses à ceux qui étaient planifiés ou encore des bénéfices inespérées. D’un autre coté, il est important de souligner, et seulement à partir d’une observation à long terme, que ce sont les stratégies de développement des communautés elles-mêmes qui garantissent leur potentiel validé socialement, culturellement et historiquement, pour la reproduction de ces espaces de travail, de transmission de savoirs et en définitive de dépassement de la pauvreté, aussi bien du point de vue économique que de l’inclusion sociale. 

 

REMI COLLIAT :

LES INTERACTIONS FISCALES HORIZONTALES ENTRE GOUVERNEMENTS :

UNE REVUE DE LITTERATURE

 

 

Les principales questions de la science économique et de léconomie politique concernant lintégration économique européenne sont :

- les pays se concurrencent-ils entre eux pour capter les bases fiscales ?

- les électeurs prennent-ils en compte les décisions de politiques fiscales étrangères lorsquils votent ?

- est-ce que les gouvernements réagissent aux politiques fiscales étrangères ?

Lidée sous-jacente à toutes ces questions est que les interdépendances sont importantes et continuent de saccroître sous leffet de la mobilité croissante des capitaux (productifs et financiers). En économie ouverte, les politiques fiscales des pays partenaires et voisins sont alors relativement liées une aux autres.

En outre, la circulation de linformation et donc des idées, accroît simultanément les comparaisons des performances (des firmes et des institutions publiques) et in fine les phénomènes de mimétisme. Ainsi, la similarité comportementale peut accélérer et renforcer les dynamiques de concurrence fiscale dune part, les processus de yardstick competition dautre part.

LEtat et les gouvernements sont alors « menacés », « mis sur la sellette ». Ils ont lobligation de se réformer et de jouer le jeu concurrentiel en attirant le maximum de bases fiscales. Une alternative consiste à coopérer davantage soit sur le mode intergouvernemental par la signature daccords de coopération et déchange de renseignements sur des secteurs particuliers, soit sur le mode de la coordination voir de lintégration/union totale de certains domaines de fiscalité.

Quatre types dexplications sont généralement avancées pour caractériser les „mouvements fiscaux communs à plusieurs gouvernements :

1) Les externalités de dépenses publiques entre juridictions.

2) La concurrence par comparaison.

3) La concurrence fiscale.

4) La doctrine commune/partagée.

 

Ce papier a pour objet de dresser une revue de littérature ordonnée des théories du phénomène de « concurrence fiscale » (lato sensu). En particulier, nous montrerons les différents résultats empiriques apportés à la question centrale de Rodoano (2007) : les gouvernements européens sinfluencent-ils les uns et les autres dans la détermination de leurs choix fiscaux ?

Si lon veut tester ces théories, la méthode commune consiste à estimer une fonction de réaction de la politique fiscale, c'est-à-dire à déterminer les paramètres qui se modifient et qui indiquent si la modification dun paramètre de taux dimposition ou de dépenses publiques engendre une réaction de la même variable par une autre juridiction.

 

Simon Guidecoq :

La politique d’immigration : Ou comment définir l’admission de l’étranger dans les frontières d’un Etat-nation

 

Cette contribution propose, à partir de l’exemple des Etats-Unis, une analyse économique de la politique d’immigration des Etats. Une discussion à portée généraliste sur la définition de cette politique publique est tout d’abord proposée. La notion de « statut de l’étranger » est ainsi construite en montrant qu’elle comprend deux volets distincts : les conditions d’admission au territoire géographique et à ses marchés du travail mais aussi l’accès et l’inclusion au système de droits et devoirs que l’Etat réserve à ses ressortissants nationaux. Les implications de cette nature « bidimensionnelle » de la politique d’immigration sont ensuite précisées. Conformément aux enseignements de la théorie économique, le statut d’admission de la population étrangère influe directement sur l’intensité des coûts et bénéfices de l’immigration. Positifs pour l’économie nationale américaine, ces derniers sont toutefois très différenciés pour les groupes nationaux en fonction de leur niveau de qualifications, appartenance ethnique et localisation géographique. Aussi, ces derniers (gagnants ou perdants potentiels) jouent pour influencer l’évolution de la politique d’immigration, et forment souvent des coalitions atypiques transcendant les clivages politiques traditionnels. Le contenu expansionniste de la politique d’immigration américaine s’explique essentiellement par un Etat arbitrant au profit des intérêts de groupes gagnants concentrés et organisés politiquement, contre les intérêts de groupes perdants mais diffus et désorganisé

 

Emmanuelle Puissant :

Rôle ambivalent des associations d’aide à domicile sur la professionnalisation des emplois et des personnes, entre domesticité et collectivisation du travail.

 

L'histoire et l'actualité du fonctionnement associatif d'aide à domicile témoignent d'une ambivalence quant à la professionnalisation des emplois et des personnes, pour les postes d'exécution1. Pour les emplois d'aide à domicile, les associations sont ainsi à la fois un vecteur de maintien de ces salariés dans un rapport de domesticité, mais d'un autre côté, cet acteur collectif apparaît en mesure de réunir les conditions pour favoriser l'émergence d'une réelle profession, au sens retenu par Aballéa (2005).

C’est cette ambivalence que nous proposons d’exposer et d’analyser dans la présente communication, qui s’inscrit dans le courant de la socio-économie du travail, de l’emploi et des services, notamment à partir de la triangulation de la relation sociale de service telle qu’établie par Jean Gadrey (2004). L’approche de cette communication est interactionniste, au sens où la question posée est moins de savoir si telle occupation est, ou non, une profession reconnue et structurée, que de s’interroger sur les circonstances et les conditions qui permettent à une activité, ici l’aide à domicile, de se revendiquer et de s’imposer comme une profession (Vasselin, 2002).

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